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La dépression, antibiotique ancestral

jeudi 8 mars 2012

par Safi Douhi

Et si la dépression n’était pas un simple désordre comportemental mais la conséquence d’une adaptation génétique de nos ancêtres à leur environnement ?

Si l’état dépressif n’est pas un avantage sélectif pour les gènes de celui qui en souffre, la persistance dans le génome humain d’allèles qui y sont liés est une véritable énigme. Certains spécialistes voient la dépression comme un phénomène adaptatif, d’autres, au contraire, comme un défaut d’adaptation. Mais l’impact de la dépression sur la probabilité de transmission des gènes et la forte présence des gènes de prédisposition à la dépression chez notre espèce sont deux arguments qui mettent respectivement à mal l’une et l’autre hypothèses.
L’essentiel des recherches portant sur la dépression s’étant focalisé sur la manière dont celle-ci affecte le comportement social, deux psychiatres ont cherché une autre piste pour explorer ce paradoxe. Charles Raison, de l’université d’Arizona, et Andrew Miller, de l’université Emory d’Atlanta, ont recherché dans les données existantes celles qui soutiendraient une hypothèse alternative : et si ces allèles liés à la dépression avaient été conservés dans notre génome parce qu’ils confèrent une résistance à la fois immunologique et comportementale à des agents pathogènes ? Aussi farfelue qu’elle puisse paraître, cette hypothèse d’une dépression ancrée profondément dans nos gènes se révèle pourtant réaliste si l’on en croit les résultats obtenus par les deux chercheurs. Passant en revue des études d’association pangénomiques et d’autres portant sur des gènes candidats, ils ont découvert que les allèles à risque sont effectivement souvent liés à la réponse immunitaire aux infections.
Et le fait que les individus souffrant de dépression aient une température corporelle légèrement plus élevée, des niveaux d’inflammation plus importants, des réserves en fer moindre (ce que recherchent la plupart des bactéries infectieuses) et des comportements d’hypervigilance et d’anorexie par rapport à ceux qui n’en sont pas atteints renforce davantage leur théorie d’une adaptation aussi immunologique plutôt que seulement comportementale. Adaptation qui aurait sans doute contribué à la survie de nos ancêtres, dont on une des principales causes de mortalité était d’origine infectieuse.

Raison CL, Miller AH (2012) Mol Psychiatr,
doi : 10.1038/mp.2012.2

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