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Les moustiques ont du nez

mercredi 5 juin 2013

par Agnès Vernet

Grâce à la biologie moléculaire, les comportements des moustiques prennent sens.

Nous ne sommes pas paranos ! C’est démontré, les moustiques préfèrent piquer les humains. Ce goût est encore davantage affirmé chez les espèces véhiculant des maladies, comme Anopheles gambiae et Aedes ægypti. Des recherches récentes, menées à l’Université Rockfeller de New York, expliquent cette attirance : les moustiques aiment notre odeur.
Grâce à des nucléases à doigts de zinc, les chercheurs ont créé un variant mutant du chimiorécepteur OR (Odorant Receptor) de l’insecte, spécifique des odeurs. Cette protéine transmembranaire comporte une sous unité extracellulaire, nommée Orco, qui interagit avec le ligand et joue le rôle de corécepteur indispensable à l’activation d’OR. Si des mutations ciblent Orco, le signal neurochimique initiant l’information olfactive est bloqué et le moustique anosmique – il ne sent plus. Chez les insectes porteurs de ces mutations, les neurones olfactifs présentent une diminution de l’activité spontanée et une réponse aux odeurs abaissées. Les femelles, les piqueuses, s’avèrent aussi nettement moins attirées par la peau humaine.
Mais le moustique n’est pas entièrement guidé par son odorat. Pour dénicher une proie, il s’appuie aussi sur la chaleur que dégage cette dernière ou le CO2 qu’elle émet. En présence de CO2, l’insecte trouver sa cible mais ne montre pas de préférences particulière pour l’homme.
Loin d’être anecdotique, ces recherches élucident aussi l’action des répulsifs. On découvre que le N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide, plus connu sous le nom de DEET, n’agit pas seulement sur l’olfaction des insectes. Les moustiques portant une sous-unité Orco mutée sont bien repoussés par le DEET mais vont jusqu’à entrer en contact avec l’agent chimique pour manifester ce comportement, suite à un phénomène restant à déterminer. Comprendre les mécanismes impliqués dans l’attirance ou la répulsion des moustiques permettrait de proposer de nouvelles méthodes de contrôle des maladies véhiculées par l’insecte, comme le paludisme ou la dengue. Et peut-être aussi tout simplement de se protéger de ses désagréables piqûres !

DeGennaro M et al. (2013) Nature, doi:10.1038/nature12206

Une femelle A. aegypti en plein repas
© Zach Veilleux/The Rockefeller University

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