Accueil du site > PALÉOBIOTECH > Montre moi tes dents, je te dirai ce que tu mangeais !

Montre moi tes dents, je te dirai ce que tu mangeais !

mercredi 8 août 2012

par Agnès Vernet

Des chercheurs français viennent de confirmer le régime alimentaire de différents hominidés grâce à l’analyse de leurs dents.

Tous les dentistes le savent : nos dents parlent de notre alimentation. Mais comment faire avec des fossiles datant d’il y a deux millions d’années ? Les chercheurs du Laboratoire de géologie de Lyon (CNRS/ENS Lyon/Université Claude Bernard) et du Laboratoire d’anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (CNRS/ENS Lyon/ Université Paul Sabatier/Université de Strasbourg) ont publié, le 8 août, un article dans Nature où ils décrivent une méthode pour déterminer le régime alimentaire des individus. Sa particularité ? L’utilisation d’un laser sur des dents fossilisées, datant d’environ 2 millions d’années, découvertes dans le Gauteng, en Afrique du Sud.
Ces fossiles sont des matériaux très fragiles. Le recours au laser a permis d’effectuer, avec un minimum de dégâts, des ablations afin d’évaluer la composition des tissus fossilisés par spectrométrie de masse. Les chercheurs ont réalisé des perforations, de 50 à 100 µm de diamètre, le long de la frontière entre l’émail et la dentine. Travailler le long de cet axe de croissance leur a permis d’analyser « une tranche de vie de l’alimentation des hominidés », selon les mots de Vincent Balter, géochimiste à l’ENS Lyon. Les chercheurs pouvaient donc reconstituer les changements d’alimentation de chaque individu au cours d’une période de sa vie. La spectrométrie de masse a fournis la composition en strontium, baryum et calcium de chaque échantillon. Or la proportion de chacun de ces éléments est représentative de la place de l’individu concerné dans la chaîne alimentaire. Vincent Balter et ses collaborateurs ont ainsi comparé les échantillons de dents des hominidés avec ceux d’autres représentants de la faune dont on connaît le régime alimentaire. Il apparaît ainsi clairement que l’Australopithecus africanus était un opportuniste : il se nourrissait de ce qu’il trouvait, comme des baies ou des carcasses d’animaux, alors que les hominidés qui lui ont succédé se sont de plus en plus spécialisés. Les Paranthropus robustus préféraient les végétaux, parfois coriaces comme les racines. Leur signature du rapport strontium/calcium se rapproche de celle des herbivores. Et enfin les échantillons issus des premiers représentants du genre Homo (early Homo) présentent des profils caractéristiques des carnivores. Ces résultats concordent avec nos connaissances sur ces hominidés : les early Homo, avec leur gros cerveau, nécessitaient des apports énergétiques conséquents que seule la viande semble en mesure de combler.
Ces résultats sont les premiers à proposer une approche aussi précise du régime alimentaire. La plupart des techniques utilisées jusqu’à présent possédaient un biais quant à la place de la viande dans l’alimentation.
Vincent Balter avoue désirer appliquer cette technique à d’autres fossiles, comme Karabo, celui d’un Australopithecus sediba (-2 Ma) découvert le mois dernier en Afrique du Sud.

Balter V et al. (2012) Nature, doi:10.1038/nature11349

Première molaire supérieure droite d’un early Homo
© José Braga & Didier Descouens

SPIP Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | mentions légales | logo Lavoisier logo facebook logo twitter Se connecter