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On a retrouvé le premier élevage bovin

mercredi 4 avril 2012

par Safi Douhi

Selon une étude génétique, tous les troupeaux de bovidés actuels descendent d’un seul groupe de quelques dizaines d’individus domestiqués il y a 10 500 ans au Proche-Orient.

Toutes les données archéologiques convergent pour dire que c’est au Proche-Orient qu’est apparu l’élevage, il y a une dizaine de milliers d’années. La région regorge en effet de traces (ossements, habitats...) de troupeaux organisés aussi bien de chèvres que de moutons, de porcs et de bovins. Mais combien d’animaux ces premiers troupeaux comptaient-ils ? C’est la question que s’est posée une équipe regroupant des chercheurs du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle, de l’université allemande de Mayence, de l’University College de Londres et de l’université suédoise d’Uppsala.
Ces chercheurs ont remonté le temps grâce à l’analyse de l’ADN qu’ils ont pu extraire d’une série d’ossements d’aurochs (les ancêtres de nos bovins) domestiqués mis au jour en Iran, dans 15 sites presque aussi vieux que l’invention de l’élevage. À défaut d’ADN nucléaire, qui supporte mal la chaleur régnant dans ces contrées, ils ont dû se contenter d’ADN mitochondrial, plus sujet aux mutations. Les séquences ainsi identifiées ont été comparées entre elles et à celles de bovidés actuels. Grâce à une simulation informatique, les chercheurs ont pu déterminer que les différences génétiques entre populations actuelles de bovidés ne peuvent être le résultat que de divergences à partir d’une petite population ancestrale sauvage. Environ 80 individus pour être un peu plus précis. « C’est un nombre incroyablement faible, commente Mark Thomas, généticien de l’université d’Uppsala actuellement basé à l’University College de Londres. Nous savons que les aurochs étaient très répandus en Asie et en Europe, les opportunités de les capturer et de les domestiquer devaient donc être nombreuses. » Alors pourquoi un si petit nombre ?
Selon toute vraisemblance, les premiers individus apprivoisés étaient uniquement des femelles. « Les aurochs sauvages étaient différents du bétail domestique actuel, explique Joachim Burger, de l’université de Mayence. Ils étaient bien plus gros et n’avaient sans doute pas les caractéristiques retrouvées aujourd’hui, telle que la docilité. Capturer ces animaux ne devait pas être chose aisée, et même si quelqu’un avait réussi à les capturer vivant, leur élevage et leur reproduction représentait un défi considérable avant d’obtenir des animaux de taille plus petite et au comportement plus docile. » L’élevage aurait ainsi commencé dans des zones limitées et avec un nombre restreint d’animaux, parce que les mâles demeuraient sauvages. Les pousser à l’accouplement devait, de fait, parfois ressembler à une feria !
Reste maintenant à trouver des ossements renfermant de l’ADN nucléaire suffisamment bien conservé pour vérifier cette théorie et sa chronologie.

Bollongino R et al. (2012) Mol Biol Evol, doi:10.1093/molbev/mss092
Source : Eurekalert

© Petra Karstedt (www.tiermotive.de)
CC-BY-SA-2.5, via Wikimedia Commons

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